La semaine dernière, je te montrais comment faire des schémas programmatiques sur un terrain et sortir deux images de référence sans tracer un trait. On restait dans l'étude. Cette semaine, je suis allé au bout de l'exercice : brancher l'IA sur nos logiciels. Et cela pose pas mal de questions.

Rappel du dossier : une faisabilité pour un constructeur, un terrain avec son PLU, un programme, des références. À ce stade, j'ai une note de synthèse du programme et du PLU, un schéma programmatique en 3D sur la parcelle, et deux images concept.

Je teste la phase où l'on commence vraiment à dessiner le projet. Dans un souci d'équité, j'ai testé 2 modèles sur 2 logiciels : GPT-6 Astra sur Revit sous Windows, et Claude Fable sur Archicad sous Mac. Ça aurait pu être l'inverse : les modèles ne sont pas liés à l'un ou l'autre logiciel.

1. Ne pars jamais d'une feuille blanche, donne-lui ton gabarit

C'est un point important, je ne lui ai pas demandé de fabriquer un fichier Revit à partir de rien. Je lui ai donné mon gabarit d'agence : celui où mes familles, mon mobilier, mes cartouches, mes mises en page et mes nomenclatures sont déjà configurés. Il travaille dedans, avec mes conventions, pas les siennes, et il utilise les objets déjà présents dans le fichier.

Suite à notre premier dossier et aux premières images, je suis allé voir le promoteur : il est ok sur le projet. Donc maintenant, on passe à l'étape suivante. Je te mets l'image de référence sur laquelle on s'est arrêtés, un PDF avec le plan masse, le SketchUp où j'ai retravaillé les espaces (j'ai inversé le plan) et le Revit ouvert, où il y a le terrain et tous les objets nécessaires. J'aimerais que tu dessines le projet sur Revit à partir des éléments du plan masse du SketchUp (le plan est inversé au RDC) et de l'image de référence (mais avec un toit 2 pans qui respecte le PLU + une pergola devant, dans le style et les matériaux de l'image : R-1 béton banché, RDC ossature bois et bardage bois brûlé), et que tu me fasses un dossier esquisse complet avec plan masse, plans de niveau, 2 coupes sur le bâtiment et 5 vues 3D extérieures de qualité rendu perspectiviste pro. J'aimerais que tu fasses très attention à l'emplacement et à la façon d'encastrer la maison dans le terrain. Il faut que l'étage du haut soit encastré sur un mètre côté pente. En bas, je veux que tu mettes le niveau du bas, la terrasse et la piscine au même niveau, et que tu trouves un endroit, d'un côté ou de l'autre sous la terrasse, pour faire un espace couvert type cuisine d'été. Ta tâche sera finie quand tu pourras m'exporter le PDF avec les plans techniques et les 5 images dans le dossier. Dis-moi si tu peux te connecter au fichier Revit.

À retenir : sans contexte, tu obtiens une maquette générique. Avec le dossier de faisabilité complet plus ton gabarit, tu obtiens quelque chose qui ressemble à ton agence.

Plan masse Revit dessiné par l'IA : maison de 22 x 10 m en toiture zinc deux pans, carport 3 places, aire de retournement et piscine sur un terrain en pente
Le plan masse sorti par GPT-6 Astra dans Revit

Suite à sa première modélisation, j'ai ensuite donné des indications sur quelques éléments à modifier :

Ok, maintenant j'aimerais quelques modifs sur le fichier Revit. J'aimerais que tu fasses un carport en toit plat, légèrement décalé vers la limite du terrain pour pouvoir garer 3 voitures, en fait que le carport soit un petit peu dans l'angle de la maison, qu'il soit décalé. Les places visiteurs, il faut les mettre sur le côté nord du terrain et que tu me fasses la route d'accès qui permette de faire le retournement. Mets-moi une voiture et des pointillés pour tracer. J'aimerais que tu me changes les arbres par des vrais arbres Revit. Je te laisse regarder pour peut-être en trouver dans une bibliothèque. Le toit à 2 pans, il faudrait qu'il soit en zinc et qu'il ne soit pas symétrique, c'est-à-dire que la partie nord-ouest soit plus fine, et il faudrait que la pergola soit directement la continuité de la toiture sur toute la longueur du volume. J'aimerais que la terrasse se retourne côté sud, au niveau de la chambre parents, puisque là il y a une porte-fenêtre qui donne dans le vide, donc c'est un peu dangereux. Et l'escalier, j'aimerais qu'il prenne moins de place : que tu fasses un quart tournant ou un demi-tour pour arriver sur la terrasse. Et peut-être que la terrasse, on n'est pas obligés de la faire tout autour de la piscine, on peut laisser la piscine juste avec une margelle, sans terrasse côté terrain. Et la pergola, j'aimerais qu'elle ait une partie ajourée sur le salon, mais aussi une partie pleine en sous-face bois comme tu as fait sur le carport, sur la partie cuisine par exemple.

2. Le résultat : deux heures, et des plans

Je m'attendais à ce que cela dure toute la nuit et à griller mon forfait. Ça a pris (que) deux heures.

Ce qui en est sorti : j'ai obtenu un fichier Revit sur lequel il n'y a pas grand-chose à redire. Tout n'est pas parfait, mais j'ai une base super propre pour continuer à travailler, avec un gain de temps qui commence à se compter en journées et non plus en heures...

Côté Archicad, avec Claude Fable, le résultat est un peu moins bon : je suis parti du fichier de base, du coup je n'ai pas les meubles et le terrain n'est pas aussi bien géré. Mon fichier Revit étant plus abouti, et le modèle Astra étant meilleur en 3D et pour utiliser l'ordinateur à notre place, les résultats ont été meilleurs.

Mais il faut garder en tête que ce n'est que le début, et que les IA évoluent tellement vite que ça ne peut que s'améliorer dans les mois à venir.
On change de paradigme. Avant, la question des architectes que je forme, c'était : et dans Revit et Archicad, quand est-ce qu'il y aura de l'IA intégrée ?
Eh bien, ils ont mis trop de temps : ce n'est plus la peine, puisque les modèles génériques prennent le contrôle directement depuis l'ordinateur et utilisent les outils disponibles à l'intérieur du logiciel.

Un mot sur le coût : ce genre d'exercice brûle beaucoup de jetons. Sur un abonnement à 20 €, tu tombes vite sur la limite, car on est obligé de prendre les derniers modèles. Pour travailler régulièrement comme ça sur de vraies affaires, il faut prévoir l'offre au-dessus, à 100 €. Le gain de temps est réel, mais il n'est pas gratuit (et cela ne va pas s'arranger dans le futur).

Je lui ai demandé un estimatif du coût en API (si on paye à l'utilisation au lieu du forfait) : on est quand même à près de 40 $.

Réponse du modèle estimant le coût API de la session : 22 millions de tokens, environ 37 dollars hors génération d'images
L'estimation faite par le modèle lui-même : 37,31 $ en équivalent API, hors génération des images

3. Des détails techniques ? Oui, pas de problème...

J'ai poussé un peu pour avoir des détails techniques. Là encore, les bonds en avant des derniers modèles sont spectaculaires, même si encore une fois ce n'est pas un travail fini.

Maintenant, fais-moi un carnet de détails des principales jonctions de l'ossature bois, environ 5 détails de jonction et de composition. Pars sur de la ouate de cellulose avec renfort d'isolant biosourcé à l'intérieur, et 40 cm d'isolant en toiture.
Détail technique généré par l'IA : jonction amont d'une ossature bois sur un mur béton encastré dans la pente, avec drain et étanchéité
Un des détails du carnet : la jonction amont, mur encastré dans la pente

4. Les images, sans les prompter

Jusqu'ici, pour sortir une image, on part d'une vue, on écrit un prompt, on ajuste. Cette fois, le modèle cale les vues brutes du modèle Revit, puis les exporte, crée les prompts et me rend une série d'images.

Vue 3D brute exportée du modèle Revit : maison ossature bois sur soubassement béton, pergola, terrasse et piscine
Une vue 3D brute exportée du modèle Revit, point de départ des images

Du coup, plus besoin d'écrire des prompts : le contexte qu'il a accumulé depuis le début suffit : le site, le programme, mes références, le projet qu'il vient de construire. Je ne décris plus une image, je valide une série.


Ce que ça bouleverse, sans que l'on en mesure encore les répercussions

Soyons clairs sur ce que ça ne fait pas : il n'ira pas à ma place sur le chantier, il ne fera pas mes détails d'exécution, il ne reprendra pas une entreprise qui pose mal un pare-pluie. À ce stade du projet, la suite reste entièrement à faire. Mais là, on touche à notre cœur de métier, à notre savoir-faire.

Si la production des plans est en grande partie automatisée dans un futur proche, alors seules les idées gardent de la valeur. La conception reste la clé : la culture, le geste, les références, le positionnement. En revanche, savoir modéliser vite sur Revit ou être très bon sur Archicad n'est plus une compétence que l'on valorisera très longtemps.

Ça ouvre des questions que je n'ai pas fini de me poser :

  • Combien de temps va-t-on réellement passer sur un projet, et qu'est-ce qu'on facture ?
  • Que deviennent les dessinateurs, et ceux qui entrent en agence sans expérience ? On apprenait le métier en faisant la production. Si elle disparaît, par où passe l'apprentissage ?
  • Quelle taille d'agence a encore du sens si une IA modélise pendant que je dors ?

Je n'ai pas les réponses, et je me méfie de ceux qui les ont déjà. Mais je crois qu'on ne mesure pas encore ce que ça va déplacer, chez les architectes comme ailleurs.


Alors qu'est-ce qu'il faut mettre en place ?

  • Prépare ton gabarit avant d'essayer. Si ton fichier d'agence n'est pas propre, ça marchera moins bien.
  • Donne-lui tout le dossier, pas une consigne. Analyse de site, programme, références, images validées. Ces modèles sont capables de synthétiser un grand nombre de données.
  • Pose-toi maintenant la question de ton agence dans 5 ans. Plus on se prépare tôt, plus on affrontera la vague sans (trop) boire la tasse.

Pour résumer

  • En partant de mon gabarit d'agence et du dossier complet, j'ai obtenu un fichier Revit en deux heures, aussi bon que ce que je peux faire moi-même, et je peux reprendre la main pour continuer à travailler sur le projet.
  • Depuis les exports bruts du modèle, l'IA écrit désormais ses propres prompts d'images. Je ne décris plus, je valide.
  • Ce que ça accélère n'est pas la partie pénible du métier, on ne parle plus d'administratif, on parle de conception. C'est la phase du projet où l'on fait des choix et où le projet évolue, et c'est bien ce qui soulève plein de questions.

Tu connais un architecte que le sujet intéresserait ?

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À la semaine prochaine, Steven

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