Bonne rentrée à tous, j’espère que l’été s’est bien passé.
On commence cette première édition de la rentrée par un sujet pas super fun mais important quand on utilise l’IA dans son agence, et il y a eu beaucoup de changements cet été, alors un petit récap s’impose.
Si ce n’est pas déjà fait, tu peux aussi :
– Découvrir mes formations IA pour architectes
– Tester cartes.archi (bêta gratuite)
– Me suivre sur LinkedIn
L’été a été chargé : trois textes concernent directement l’IA dans ton agence, et ils ne viennent pas du même endroit. Un règlement européen qui te sanctionne (théoriquement), un code de déontologie qui te contraint, et des recommandations ordinales qui t’orientent. Voici le tri.
1. L’AI Act : ce qui a changé le 2 août
Le 2 août 2026 est la date d’application générale du règlement européen. Concrètement, deux choses arrivent : les obligations de transparence de l’article 50, et les pouvoirs de sanction de la Commission sur les fournisseurs de modèles généralistes.
L’article 50 en clair : qui doit dire quoi
Le règlement sépare deux rôles. Le fournisseur met le système sur le marché : OpenAI, Google, Anthropic, etc. Le déployeur l’utilise dans son activité professionnelle. Toi, tu es déployeur.
Côté fournisseur : marquer les contenus générés dans un format lisible par machine, pour qu’un outil tiers puisse détecter qu’ils sortent d’une IA. Ce n’est pas ton problème, c’est celui de l’éditeur, avec une période de grâce jusqu’au 2 décembre 2026 pour les systèmes déjà sur le marché.
Côté déployeur, trois situations :
- Le chatbot du site de l’agence. S’il y en a un, il doit annoncer qu’il est une IA dès la première interaction, sauf si c’est évident pour n’importe qui. Bon, à mon avis, aucun archi n’a mis ça en place, mais cela permet d’illustrer la loi : personne ne doit parler à une IA sans en être informé.
- Les images et vidéos qui ressemblent à du réel. C’est le vrai point de vigilance pour nous. Le texte vise le deep fake, défini comme un contenu généré ou manipulé qui ressemble à des personnes, objets, lieux ou événements existants et qui pourrait passer pour authentique. Traduction en agence : ton insertion faite avec l’IA sur une photo de rue réelle, publiée telle quelle sur Instagram, tombe dedans : on peut croire qu’il s’agit d’un projet construit.
Un rendu de projet non construit, présenté comme un rendu de projet, c’est ok, personne ne le prend pour la photo d’un bâtiment qui existe.
- Les textes publiés. L’obligation ne se déclenche que si trois conditions sont réunies : le texte est publié, il vise à informer le public sur une question d’intérêt public, et il n’a pas fait l’objet d’une relecture humaine réelle avec quelqu’un qui en assume la responsabilité éditoriale. Un billet de blog sorti d’un LLM et mis en ligne tel quel : oui. Le même texte que tu as réécrit, vérifié et signé : non.
Ce qui n’est pas concerné, et donc ce qu’il ne faut pas annoter
Tes mails. Tes comptes rendus de chantier. Tes notices, tes CCTP, tes mémoires techniques de concours. Rien de tout ça n’est une publication destinée à informer le public sur une question d’intérêt public, et tout passe par toi avant de partir.
Donc non, tu n’as pas à écrire « ce mail a été corrigé par une IA » en bas de tes messages. Faire corriger l’orthographe d’un mail que tu relis et que tu signes, ce n’est ni de la publication, ni de la génération non supervisée.
La mention n’apporte aucune conformité, et elle a un coût : elle fait douter ton client de la part du message qui vient vraiment de toi. Personne n’a jamais écrit « relu par mon correcteur orthographique ».
2. La formation : deux articles 4, un seul qui contraint
Coïncidence amusante, les deux textes qui parlent de ta compétence portent le même numéro.
L’article 4 de l’AI Act demande aux fournisseurs et aux déployeurs de garantir « un niveau suffisant de maîtrise de l’IA » chez les personnes qui l’utilisent pour leur compte. Il s’applique depuis le 2 février 2025, pas depuis le 2 août 2026. Si des collaborateurs utilisent ChatGPT, Gemini ou Claude sur tes projets, tu es concerné, même dans une agence de trois personnes.
Maintenant, la nuance : Cet article 4 ne figure pas dans la liste des articles sanctionnés par l’article 99. Il n’existe pas d’amende dédiée au défaut de formation à l’IA.
L’article 4 du code de déontologie, lui, on connaît : c’est l’obligation de formation. Le nouveau code est entré en vigueur le 1er juillet 2026, et cet article a été réécrit :
« L’architecte possède les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à la réalisation de ses missions. Il maintient un niveau élevé de compétence par la mise à jour régulière de ses connaissances et la participation à des actions de formation, notamment celles organisées ou validées par l’ordre des architectes. L’architecte déclare et justifie à l’ordre des architectes qu’il a satisfait à ses obligations de formation continue. »
Le mot qui change tout, c’est « justifie ». Déclarer ne suffit plus. Le volume ne bouge pas (20 heures par an, 60 heures sur la période triennale, déclaration avant le 31 mars), mais 2026 est l’année où l’Ordre lance ses premières campagnes de contrôle. Profite de cette fin d’année pour faire une formation IA avec moi 😄
3. Les dix recommandations du CNOA sur l’IA
Le 22 juillet, le Conseil national a publié « L’Intelligence artificielle et les architectes : concilier opportunités et déontologie ». Ce n’est pas une charte contraignante, c’est une relecture du code de déontologie à la lumière de l’IA. Dix recommandations, quatre axes.
- Responsabilité. Aucun transfert n’est possible. Tu restes pleinement responsable des décisions, des documents et des projets, même produits avec une IA.
- Transparence. Vérifier que le contrat autorise l’usage de l’outil, et informer le maître d’ouvrage quand l’IA intervient dans la conception. Interdiction d’utiliser des références fictives pour convaincre un client.
Il faudrait sans doute une phrase là-dessus dans le contrat type — pour l’instant, rien n’est proposé. - Données. Protéger les données sensibles et garantir leur confidentialité. Autrement dit : savoir ce qui sort de l’agence.
- Contrôle humain et compétence. Garder la maîtrise des décisions prises via l’outil, savoir où commence et où s’arrête la fiabilité d’un modèle, et poser des règles communes pour les salariés et collaborateurs. Tu peux aller voir mon modèle de charte sur l’IA pour avoir une trame.
Petit détail qui mérite qu’on s’y arrête : le CNOA recommande l’archivage des prompts pour documenter le processus créatif. Pas forcément évident à faire sur ChatGPT ou Gemini, mais plus simple sur des outils comme Figma Weave, qui permet d’avoir l’historique de la création d’une image directement dans le fichier.
Alors qu’est-ce qu’il faut mettre en place ?
- Fais attention aux visuels que tu publies sur les réseaux sociaux. Y en a-t-il qui pourraient passer pour la photo d’un lieu existant ? Si oui, ajoute une mention visible sous l’image.
- Compte tes heures de formation. Période triennale en cours, déclaration avant le 31 mars, et il faut désormais pouvoir justifier. C’est le point le plus urgent des trois textes.
- Écris tes règles internes. Un modèle de charte IA pour les architectes est disponible ici. Elle couvre l’essentiel des dix recommandations du CNOA, à personnaliser pour chaque agence, l’UNSFA travaille également à la publication d’une charte.
- Ouvre un dossier « prompts » par projet. Ça ne coûte rien maintenant, et ça peut servir plus tard.
Pour résumer
Aucun de ces trois textes n’oblige à une mention si tu utilises l’IA.
Ils demandent trois choses :
- ne pas faire passer une image générée pour une photo,
- rester celui qui décide,
- et pouvoir prouver que tu sais ce que tu fais.
Pour rappel, mon outil cartes.archi est encore en bêta gratuite jusqu’à mi-septembre, profites-en !
L’idée de cet outil : rentrer une adresse ou une parcelle et avoir l’ensemble des données disponibles : PLU, cadastre, risques, DPE, ventes, etc., mais aussi le site en 2D (avec courbes de niveau et une coupe sur le terrain) et en 3D (avec terrain, bâtiments et arbres). De quoi gagner du temps au démarrage d’un projet !
Le site est en version test, gratuit et ouvert à tous jusqu’à mi-septembre. Si tu as le temps de tester, n’hésite pas à me faire tes retours !
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À la semaine prochaine,
Steven