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Tu paies ton abonnement IA. Tes données clients ne sont pas protégées pour autant

Un abonnement payant ne protège pas les données de tes clients. Retirer un nom ne suffit pas à les rendre anonymes. Ce que dit le droit, ce que font vraiment ChatGPT, Claude et Gemini, et ce que ça change pour une agence d'architecture.

Tu paies ton abonnement IA. Tes données clients ne sont pas protégées pour autant
Un client te confie son budget, son crédit, et le plan de son terrain. Tu colles son programme dans ChatGPT pour en tirer une synthèse propre. Question simple : qui d'autre que toi vient de lire ce programme ?

Dans l'édition sur la faisabilité, j'ai confié à une IA tout un dossier : le PLU, le terrain, le programme du client, les références de l'agence. Mais une question légitime se pose : où partent toutes ces données ?

J'ai suivi un webinaire sur la confidentialité et l'IA, pensé pour les avocats. Ils ont un guide depuis mars. Nous, on a un code de déontologie qui dit exactement la même chose en une ligne. Voilà ce qu'il faut retenir, vérifié source par source.

1. Payer ne veut pas dire protégé

On pense souvent : « Je paie ChatGPT donc mes données sont protégées. » Mais cela mélange trois choses : le produit (offre grand public ou offre entreprise), les réglages (activés ou non) et le contrat (ce que le fournisseur s'engage vraiment à faire).

Les réglages par défaut ne jouent pas pour toi.

  • ChatGPT (gratuit, Plus, Pro) : l'entraînement sur tes conversations est activé par défaut. Il faut couper l'option « Améliorer le modèle pour tout le monde » dans Paramètres, Contrôles des données. Détail qui pique : un pouce levé ou baissé sur une réponse envoie toute la conversation à l'entraînement, même si tu as désactivé l'option. OpenAI
  • Claude (gratuit, Pro, Max) : depuis octobre 2025, c'est un choix explicite. Si tu as accepté, tes conversations sont conservées cinq ans. Sinon, trente jours. Anthropic
  • Gemini : une partie des conversations est lue par des relecteurs humains, y compris des prestataires. Celles-ci sont gardées jusqu'à trois ans, même si tu supprimes ton historique. Google écrit lui-même : ne saisis pas d'informations confidentielles que tu ne voudrais pas voir lues par un relecteur. Google

Le contrat, ensuite. Sur les offres grand public utilisées pour ton activité, la responsabilité du fournisseur est plafonnée au plus élevé de deux montants : ce que tu as payé sur les douze derniers mois (six chez Anthropic), ou 100 dollars. En clair : si tes données fuient, ton abonnement de l'année est le maximum que tu peux espérer récupérer. OpenAI, Anthropic

Les offres entreprise changent la donne, mais pas tout. ChatGPT Business, Enterprise, Claude Team ou Enterprise : pas d'entraînement par défaut, un accord de traitement des données (le DPA, pour Data Processing Addendum) et une console pour choisir quels connecteurs sont actifs.
Ça donne une base contractuelle compatible avec le RGPD.
Si on veut en bonus le stockage des données en Europe, c'est réservé chez OpenAI aux offres Enterprise (avec un supplément). OpenAI

2. Retirer le nom ne rend pas anonyme

Deuxième réflexe trompeur : « J'ai enlevé le nom du client. » La CNIL est claire : une personne est identifiable par croisement : une adresse, une date, une fonction suffisent. CNIL

Par exemple : « maison de 1932 achetée en mars à ..., pour un budget de 450 000 euros ». Pas un seul nom. Tout le monde dans la rue sait de qui on parle.

Deux mots à ne pas confondre :

  • Anonymiser, c'est rendre l'identification impossible, de façon irréversible.
  • Pseudonymiser, c'est remplacer « M. Durand » par « Client A » en gardant quelque part la correspondance. C'est réversible, donc les données restent personnelles et le RGPD s'applique toujours. CNIL

Pseudonymiser reste une bonne pratique, mais le temps gagné avec l'IA est perdu en amont où il faut enlever le nom des clients. Et puis il faut garder des alias cohérents : si le client s'appelle « Client A » dans le programme et « Personne 3 » dans le compte rendu, l'IA ne comprend plus rien.

Les pièges spécifiques à notre métier :

  • Les photos de chantier embarquent souvent la position GPS dans leurs métadonnées, et des visages d'ouvriers ou de voisins.
  • Midjourney publie tes images dans sa galerie par défaut. Le mode privé (Stealth) n'existe que sur les formules Pro et Mega. Si tu y déposes la photo de la maison d'un client, elle peut être visible. Midjourney
  • Les offres des entreprises reçues en consultation relèvent du secret des affaires. Les comparer dans une IA grand public, c'est les confier à un tiers.

3. Ce que ça change pour un architecte

Les avocats ont leur guide. Celui du CNB, adopté le 17 mars 2026, pose une ligne dure : ne jamais transmettre à une IA générative d'informations couvertes par le secret professionnel, et vérifier où sont hébergées les données et quelle est la nationalité de l'entreprise qui détient les serveurs. CNB, Village de la Justice

On n'a pas de ligne directrice aussi tranchée, mais tu as trois textes qui disent la même chose :

  • L'article 14 du code de déontologie, confirmé par la réforme du 1er juillet 2026 : « L'architecte est tenu au secret dans l'exercice de son activité professionnelle. Tout manquement à cette obligation est fautif. » Légifrance
  • Le CCAG maîtrise d'œuvre, article 5.1, sur les marchés publics : les informations confidentielles du maître d'ouvrage ne servent qu'à exécuter la mission, et tu dois faire respecter cette obligation par tes sous-traitants. Code de la commande publique
  • Les recommandations du CNOA de juillet : protéger les données sensibles, vérifier que le contrat autorise l'usage de l'outil, informer le maître d'ouvrage quand l'IA intervient dans la conception. Mon récap de la rentrée

Ajoute un signal faible remonté pendant le webinaire : des contrats commencent à contenir des clauses qui interdisent de traiter les documents avec une IA.


Alors, qu'est-ce qu'il faut mettre en place ?

  • Coupe l'entraînement sur tes conversations dans les options, sur chaque compte de l'agence : Contrôles des données dans ChatGPT, Confidentialité dans Claude, activité Gemini.
  • Pseudonymise les documents sur ta machine : à la main, on perd vite le temps gagné avec l'IA. Il existe aussi des outils de pseudonymisation locale comme Hexagone AI, présenté pendant le webinaire (je ne l'ai pas testé).
  • Passe l'agence sur une offre entreprise dès qu'il y a des salariés. Meilleures garanties en accord avec le RGPD, et surtout pas de compte gratuit avec des données clients.
  • Écris la règle de ce qui peut aller sur une IA et ce qui ne part jamais dans une IA (données de santé, contrats avec clause IA, DCE confidentiels, plans de sécurité) et dis-la à ton client (voir dans ton contrat). La section 3 de ma charte IA d'agence couvre ce sujet.
  • Pour le confidentiel, reste un maximum en local. Un petit modèle qui tourne sur ton ordinateur (avec Ollama) peut suffire à résumer tes réunions en visio, enregistrées et transcrites en local (avec Anarlog par exemple).

Pour résumer

  • Un abonnement payant ne protège rien tout seul. Produit, réglages et contrat sont trois sujets distincts. ChatGPT entraîne par défaut, Claude garde cinq ans si tu acceptes, Gemini fait relire une partie des conversations par des humains.
  • Enlever un nom ne rend pas anonyme. Une adresse et une date suffisent à identifier ton client.
  • L'architecte est tenu au secret par l'article 14 de son code de déontologie. Le CCAG MOE et le CNOA vont dans le même sens.

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Steven Guigoz

Steven Guigoz

Architecte DE HMONP et formateur IA. Plus de 500 architectes formés depuis 2024, avec les organismes de la profession.

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